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  • rissecorinne

Retrouver l'humain en soi

Le titre de cet article peut sembler surprenant voire bizarre. Nous sommes des humains, c'est un fait. Dès lors, comment pourrions-nous perdre l'humain en nous et avoir besoin de le retrouver? Et pourtant.

Et pourtant j'ai le sentiment que dans les temps que nous traversons nous nous déconnectons de plus en plus de ce qui fait de nous des humains.


Selon la définition du dictionnaire, un être humain est un "être vivant membre de l'espèce humaine. Il se différencie des autres espèces par son mode de déplacement bipède, son langage articulé, ses mains préhensibles et son intelligence développée". Basique, pragmatique. Selon cette définition évidemment, on ne pourrait jamais "perdre" ce qui fait de nous des humains.


Cela ne serait donc que cela d'être un humain?


Personnellement je ne le crois pas.


Intuitivement, sans regarder un dictionnaire, j'aurais défini l'être humain comme un être vivant doté d'un corps, d'une capacité à penser et d'une capacité à ressentir, notamment des émotions. Or je me rends compte que les philosophes depuis les Lumières se sont essentiellement focalisés sur notre capacité à penser : l'homme est "un être doté de raison". Comme si nous avions à définir notre nature par comparaison avec les autres êtres vivants : ce qui nous différencie des animaux et des plantes, c'est notre capacité à penser.


Or il me semble qu'à trop se focaliser sur ce qui nous différencie des autres êtres vivants nous en avons oublié ce qui nous en rapproche, et ce qui à mon sens nous définit tout autant que notre capacité à utiliser notre mental : notre corporalité et nos émotions.


Le corps n'est plus vécu que de façon utilitaire, il nous sert à nous déplacer, à réaliser des actions, à vivre des sensations fortes ou à nous "défouler" quand nous en avons le temps. Mais quand écoutons-nous ces appels? Combien d'entre nous laissons notre corps de côté pour écouter les injonctions de notre mental?

"Il faut", "Je dois": qu'importe finalement si notre corps commence à ne plus supporter le rythme que nous lui imposons.


Les émotions dites "négatives" sont mises de côté voire sous le tapis. Elles sont désagréables, nous faisons tout pour les éviter. Pourtant elles sont précieuses et nous permettent de comprendre ce qui se passe en nous. En les évitant nous ne nous rendons pas compte que nous reproduisons sans cesse les mêmes réactions et situations, et que nous rendons impossible tout changement véritable dans notre vie.


Dans le monde du travail, l'oubli du corps et des émotions me semble atteindre son paroxysme. Nous passons des heures devant notre ordinateur, des heures assis en réunion, ignorant totalement les besoins de notre corps. Nous mettons en place des façons de compenser le problème en allant régulièrement chez l'ostéopathe, chez le kiné, en prenant des médicaments, en achetant un siège ergonomique. Problème réglé?


Les émotions ne sont pas mieux traitées. Mal venues dans l'entreprise, elles sont masquées, ravalées. Montrer de la colère, de la tristesse ou de la peur? Impossible. Tout le monde s'astreint à montrer un masque en permanence . Même les opinions contraires à ce qui est "audible" dans l'entreprise sont masquées, transformées. Nous nions l'être humain unique que nous sommes pour former collectivement un ensemble hétérogène, lisse, vide, sans vie.


Depuis la crise du Covid, les choses semblent s'être encore amplifiées : nous ne voyons plus qu'en digital, intensifiant encore l'oubli de ce corps qui ne nous sert plus qu'à raisonner. La charge augmentant, nous ne prenons plus le temps d'échanger des nouvelles, de discuter, de sourire. Parler de sa vie personnelle n'est plus utile, et cela peut même être perçu comme menaçant. Nous cloisonnons de plus en plus notre vie professionnelle et notre vie personnelle, comme si sentions intuitivement que notre humanité commencait à être menacée lorsque nous sommes au travail. En symbole de cette menace, nous mettons des filtres lorsque nous apparaissons en visio, pour éviter que les autres ne voient notre "chez nous".


Et si nous osions regarder le problème avant que le corps ou les émotions ne nous fassent exploser en vol? Et si nous admettions que nous ne sommes pas qu'un cerveau, mais aussi un être doté d'un corps et d'émotions? Et si nous osions retirer le masque que nous portons en permanence pour montrer cet être humain unique que nous sommes ?


Nul doute que les choses en seraient grandement changées.


Et c'est en chemin... parce que oui, nous sommes bien des humains, non des machines, et nous sommes tous en train de nous le rappeler.





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