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  • rissecorinne

Libérer la parole dans le monde de l'entreprise!

Pendant mes nombreuses années passées en entreprise, j'ai constaté que souvent nous avions tendance à ne pas dire ce que nous pensions vraiment, or je suis convaincue que la franchise, la sincérité, sont un terreau d'innovation auquel nous ne donnons pas suffisamment de crédit et d'espace.


Par peur d'être rejeté, mal compris, ou tout simplement qu'on ne prenne pas en compte notre avis, nombre d'entre nous n'osent pas donner franchement leur avis, faire part de leurs convictions, montrer leur désaccord ou tout simplement exprimer leur vérité.


Quand j'avais la vingtaine j'étais très engagée sur les sujets d'égalité hommes/ femmes. Je n'avais pas peur à l'époque d'être désapprouvée ou rejetée. Par ailleurs, cela amusait plutôt mon entourage. Et puis avec les années, je me suis rendue compte que ma franchise pouvait parfois blesser ; Je me suis rendue compte que je n'étais pas toujours bien comprise, que ce n'était pas toujours ce qui était attendu de moi, que parfois "cela ne se faisait pas". Alors peu à peu, inconsciemment, je me suis mise à donner mon avis moins souvent, à tourner ma langue 17 fois dans ma bouche avant de parler, à me taire parfois.


Et j'ai pu constater que nous étions nombreux à le faire en entreprise. Ce sont souvent les opérationnels qui ont pourtant les avis les plus lucides, les plus pertinents, car en lien avec la réalité de terrain. Or le management pyramidal tel qu'il existe aujourd'hui ne permet pas toujours (pas souvent?) à ces personnes d'exprimer leur point de vue lorsqu'il est un peu trop disruptif. Il n'existe en général pas d'interdiction formelle, c'est plus souvent un "non-dit", une projection que nous avons intégrée considérant que l'organisation ne le permettait pas ; que pour être accepté il ne faut pas trop faire de vague, suivre l'avis de la majorité... en sachant qu'on se trompe parfois sur celui-ci!


J'aime beaucoup le paradoxe d'Abilène sur le sujet, imaginé par le sociologue Jerry Harvey, parabole dans laquelle les protagonistes de l'histoire se retrouvent dans un situation que personne ne souhaitait à la base. C'est l'histoire d'un père de famille qui a envie de passer la journée tranquillement à la maison mais qui s'imagine que les enfants ont envie/ besoin de sortir. Il propose alors une sortie. Et chacun dans la famille, pour des raisons propres, va se forcer à dire oui alors qu'il n'en a pas envie, parce qu'il s'imagine que c'est ce que les autres attendent, parce qu'il ne veut pas être "le seul à dire non", etc. Et tout le monde "part à Abilène" et passe une journée détestable alors que personne n'avait véritablement envie d'y aller.


Ces dernières années ont vu apparaitre des mouvements de libération de la parole, montrant le chemin que nous pouvons oser prendre en dépassant nos peurs et projections.

Les sujets à aborder dans le monde de l'entreprise sont en général moins dramatiques, mais les freins y sont aussi importants.


Or je pense qu'au regard de la période que nous vivons, il est déterminant d'oser dire les choses et proposer de nouvelles voies y compris lorsque l'on n'est pas tout en haut de l'échelle.


Par exemple, sur le sujet du climat, osons-nous dire que nous ne croyons plus à la croissance verte? Que les ordres de grandeur et les faits ne nous permettent plus d'y croire (l'empreinte carbone des humains poursuit son augmentation infernale chaque année) ?

Difficile lorsqu'on travaille dans une grande entreprise. Pour ma part, j'en étais même à hésiter "liker" un article sur la décroissance ou ne serait-ce que sur la sobriété. Avec le recul, et sachant que je suis plutôt quelqu'un qui donne son avis, cela me semble un sacré problème qu'on s'inflige une telle auto-censure.


Pour espérer que le monde change, il faut oser dire, oser parler des problèmes, oser poser des constats qui font probablement un peu (beaucoup) mal et aller de l'avant.


Et vous, vous arrive-t-il de ne pas oser donner votre avis et de vous auto-censurer ?

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